Le jour même où le Gouvernement annonce réaliser non pas 60 milliards mais 80 milliards d’économies en cinq ans, Eric Woerth, député Les Républicains de l’Oise et président de la Commission des finances à l’Assemblée nationale, était l’invité, ce jeudi, de la matinale de RTL.

L’occasion de rappeler ce qui a été l’une des constantes de notre famille politique lors de l’élection présidentielle, la nécessité « de changer la façon dont le service public ou dont l’argent public irrigue la communauté nationale ». Eric Woerth pense notamment aux transferts sociaux. « Il y a la moitié de la dépense publique qui sont des transferts sociaux. Il faut réellement se poser la question de leur efficacité ».

Raison pour laquelle durant cette campagne présidentielle Les Républicains avaient contesté le montant des économies à réaliser annoncé par le candidat Emmanuel Macron (60 milliards d’euros). « Nous avions dit que cela ne pourrait fonctionner, qu’il ne pouvait pas tenir de tels engagements. C’est probablement plus proche de 100 milliards d’économies à réaliser que les 80 milliards aujourd’hui annoncés », estime Eric Woerth pour qui « il n’est pas possible pour notre pays de vivre avec 57% de dépenses publiques. C’est contre l’emploi. C’est contre le pouvoir d’achat des Français. Le président de la République et le Premier ministre sont en train de s’en apercevoir ».

« La véritable baisse de la dépense publique  c’est la réforme de structure, des politiques publiques » , ajoute le député de l’Oise pour qui « rien ne se fera sans la réforme de notre modèle social ».

Cette annonce gouvernementale de 80 milliards d’économies n’est pas sans conséquence, notamment pour l’armée française.

A tel point que le Chef de l’Etat-major des armées met sa démission dans la balance.

« Là on est dans l’urgence. Et dans l’urgence l’armée se met à contribuer bien au-delà de ce qui se faisait auparavant », relève Eric Woerth pointant la sous-budgétisation des opérations extérieures de l’armée française estimée à 1 milliard d’euros.

« L’armée française est maltraitée dans cette annulation de crédits. Je peux comprendre que les chefs militaires considère que l’on ne peut pas risquer la vie d’un certain nombre de soldats et de ne pas avoir les moyens de faire de la géopolitique à travers nos propres armes », juge le président de la Commission des finances.

« Auparavant c’était toujours les autres ministères qui payaient. C’était une sorte de solidarité. Aujourd’hui le Gouvernement décide que c’est à la Défense de payer elle-même ses opérations extérieures. Cela réduit d’autant les capacités de la défense à renouveler ses équipements »,

Si bien, constate Eric Woerth, que « l’armée est devant un mur budgétaire. L’armée a déjà fait beaucoup d’efforts. Et trop d’efforts cela remet en cause la souveraineté du pays. Il faut renouveler du matériel. Il faut aider les industries de l’armement à innover sur de nombreux sujets pour garder une autonomie ».

Sur l’annonce gouvernementale d’une baisse de 11 milliards d’impôts dès 2018, Eric Woerth souligne qu’il est important de « baisser plus vite les dépenses que les impôts, sinon cela ne marche pas. Il faut surtout baisser les impôts  qui permettent de relancer la croissance », ajuste-t-il considérant « plus important chronologiquement  de commencer par des mesures concernant les entreprises et notamment la baisse du coût du travail ». Une allusion à la transformation du CICE qu’Emmanuel Macron a prévu de ne réaliser qu’en 2019. « C’est tardif pour une mesure d’ampleur qui permet de baisser les charges », observe-t-il.

Lors de cette matinale, le député Les Républicains de l’Oise est revenu sur le « revirement incroyable » du Gouvernement à propos des mesures fiscales. « En quelques jours le Premier ministre a été contredit par le président de la République.

Cela montre une sensibilité à l’opinion publique et peut être aux commentaires de presse qui ne me parait pas opportune ».

L’occasion de souligner que ce quinquennat commence par des hausses d’impôts, notamment celle de la CSG et celle sur la hausse du prix du gasoil qui impacteront le pouvoir d’achat des Français et notamment des retraités. « Il n’est pas bon, aujourd’hui en France, d’être un retraité et qui roule au diesel », relève Eric Woerth.